Agile : les contre-arguments

Tout est-il parfait dans le monde d'agile ?

Launizo Consulting, Laurent Ninni

On entend parfois des détracteurs des méthodes agiles exprimer des craintes ou soulever les défauts de ces méthodes. Voici quelques unes de ces critiques, et ce que nous en pensons.

Construire en Agile ne permet pas d'avoir une architecture bien pensée

"En travaillant systématiquement sur des petites fonctionnalités à chaque itération, on néglige l'architecture d'ensemble."

C'est vrai et faux : agile privilégie l'essentiel, donc ne s'encombre avec de grandes réflexions sur l'architecture que lorsque c'est nécessaire.

En début de projet, on réfléchit à l'architecture globale, sans y passer trop de temps, et en gardant à l'esprit que chaque élément construit doit permettre le refactoring. C'est là qu'agile est justement agile, puisqu'il permet de se ré-interroger régulièrement sur l'architecture ou les composants, en fonction des changements inhérents au projet (comme une modification demandée par le client) ou venant du contexte extérieur (comme une nouvelle technologie qui émerge).

Enchainer les sprints avec obligation de résultat est épuisant pour les équipes

"A chaque itération, chacun doit prendre des engagements, et les tenir, ce qui crée une pression permanente contre-productive."

C'est parfois le cas dans des structures qui, sous couvert d'agilité, exploitent en fait leurs équipes en les maintenant sous une pression excessive. Malheureusement, rien de nouveau sous le soleil : il y a toujours eu, et il y aura sans doute encore longtemps, des personnes prêtes à exploiter les autres pour parvenir à leurs fins. Mais cette façon de penser ne correspond absolument pas à l'esprit agile.

Les individus et leurs interactions constituent l'une des 4 valeurs fondamentales à valoriser en agile, qui encourage "un rythme de développement soutenable", pour que les équipes puissent "maintenir indéfiniment un rythme constant".

Par ailleurs, être agile ne signifie pas non plus qu'on est systématiquement en mode projet, et qu'on ne sort jamais des cycles itératifs de production. Entre les projets, comme dans n'importe quelle activité bien menée, on prend aussi le temps de se former, de se tenir au courant des nouveautés, etc. Ce qui est d'ailleurs également un impératif pour favoriser une autre valeur fondamentale d'agile : l'adaptation au changement.

L'obligation de livrer quelque chose d'utilisable en fin de sprint bride l'innovation de long terme

"Innover peut nécessiter plusieurs mois avant de donner un résultat visible, et ce n'est pas compatible avec les itérations courtes des méthodes agiles."

En fait, si agile préconise des itérations, cela ne signifie pas qu'il est interdit de travailler sur de l'innovation de long terme. Dans ce cas, on adaptera la durée des itérations et la définition du "travail fait" qui doit être livré en fin d'itération. L'essentiel dans les projets de recherche avec beaucoup d'inconnu est de favoriser les échanges, pour être sûr de lever les difficultés rapidement et de ne pas perdre de vue les objectifs.


D'autres reproches peuvent être faits aux méthodes agiles. En général, elles émanent de personnes qui ont eu de mauvaises expériences dans leur application (parfois aussi de certains qui sont obtus à tout changement et voient d'un mauvais œil ces nouvelles méthodes).

Il ne faut cependant pas oublier qu'agile est un état d'esprit qui doit guider la façon de penser et d'agir. C'est pourquoi il existe plusieurs et différentes méthodes agiles, qui sont des implémentations des principes. Aussi, il est possible que vous soyez mal à l'aise avec l'une ou l'autre de ces méthodes : il est important dans ce cas de garder à l'esprit d'une part qu'une aide extérieure peut vous aider dans leur mise en pratique, et d'autre part que toute méthode doit être adaptée à la réalité de vos activités et de vos équipes pour faciliter son adoption.